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La
société maure 
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Elle
est traditionnellement compartimentée. Les structures
sociales se caractérisent par une hiérarchie
fondée suer les ordres sociaux, eux-mêmes
justifiées par une stricte répartition
des tâches et dominés par le rôle
déterminant des liens familiaux. Les nobles guerriers
et les nobles maraboutiques constituent les groupes dominants.
Les premiers se réclamant d’une ascendance arabe
(Hassan) et assurent la protection des ordres sociaux.
Les seconds d’ascendance berbère (Zenaga) diffusant
l’islam. Dans leur orbite gravitent des groupes libres
mais tributaires qui ont généralement la
charge des troupeaux et des champs, noirs affranchis
(haratin) et serviteurs noirs (abid). A ces strates sociales
s’ajoutent des groupes endogames caractérisés
par leurs activités professionnelles : les
artisans et forgerons chargés de fabriquer les
objets usuels et les bijoux , les griots, mi-poètes
mi-musiciens, qui chantent les thèmes de l’amour,
de la guerre et racontent des hauts faits de l’histoire
ancienne, les pêcheurs Imraguen, les chasseurs
Némadi…
Cette
structure traditionnelle a tendance à évoluer
dans le contexte actuel ; cependant, elle garde
encore une importance certaine.
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La
religion 
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" l’islam
en Mauritanie est une véritable civilisation nationale ".
de tous les pays d’Afrique de l’ouest, la Mauritanie
est la plus anciennement et la plus totalement islamisée.
Son appartenance à l’islam est marquée
dans sa constitution, par sa dénomination (République
Islamique de Mauritanie) et dans la vie courante :
le repos hebdomadaire est le vendredi, jour de la prière.
Comme on a pu le noter, elle doit cette profonde imprégnation à son
histoire, puisqu’elle a servi de voie de pénétration
de l’Islam vers les pays noirs. Par la suite, les riverais
du fleuve ne furent pas moins ardents zélateurs
que les nomades.
La
grande majorité des croyants applique strictement
les obligations visibles de la foi dont la prière
est un élément essentiel. Le rite impose
cinq prières quotidiennes, le jeûne du mois
de Ramadan, la célébration des grandes
fêtes religieuses : l’Aïd El Kébir
ou Tabaski (sacrifice d’Abraham), l’Aïd El Seghir
ou Korité (fin du jeûne), le Maouloud (anniversaire
de la naissance du Prophète) et, si on peut, au
moins un pèlerinage à La Mecque..
La
vie religieuse est demeurée intense à l’intérieur
des confréries, ces ordres religieux qui ont leurs
règles particulières et dont la vitalité confirme
le profond enracinement religieux de la société mauritanienne.
La Quadriya, la plus ancienne, se divise en deux rameaux,
la Tidjaniya, plus spécifiquement africaine, se
ramifie, elle, en plusieurs branches.
L’enseignement
traditionnel, de type informel, reste intimement lié à l’histoire
de la Mauritanie depuis plus d’un millénaire et
constitue une originalité frappante de ce pays.
Particulièrement souple et adapté à la
vie mauritanienne, cet enseignement financé par
les ménages, est dispensé dans des " mahadrs " ou écoles
coraniques dans lesquelles on peut s’inscrire à tout âge.
Les programmes en usage, variables selon l’âge
des auditeurs, vont de la simple alphabétisation à l’érudition
la plus poussée. Ils conservent toujours le même
contenu, essentiellement religieux et linguistique, avec
pour objectifs la connaissance et la propagation des
valeurs islamiques et de la langue arabe.
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 Les
langues
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En
Mauritanie, la distribution des langues recouvre la composition
ethniquement hétérogène de sa population
et les enjeux linguistiques sont d’autant plus importants que
le pays est placé à la croisées des chemin
entre le monde maghrébin arabophone et le monde africain
francophone. En outre, cette diversité des langues maternelles
ne va pas sans poser quelques problèmes souvent conflictuels
de communication.
La
population maure (" bidan ") est arabophone dans
son immense majorité : la prééminence
guerrière et politique des Hassan sur les berbères
autochtones s’est accompagnée de la diffusion de leur
langue. L’ancien langage berbère a disparu, laissant
quelques traces dans le vocabulaire, et tout particulièrement
dans la toponymie. La variété dialectale mauritanienne,
le " hassaniyye " (" Klam el bidan ", la
langue des blancs), présente un assez grand nombre de
différences avec l’arabe littéraire. Traditionnellement,
le hassaniyye et l’arabe littéraire du Coran tenaient
dans la société des rôles nettement séparés :
la connaissance de l’arabe du Coran et de la science religieuse était
limitée aux marabouts ; le hassaniyye d’étendait
aux autres couches de la population.
Les
ethnies négro-africaines parlent les langues de leurs
groupes respectifs : les Toucouleurs et les Peuls (" hal
pulaaren ") utilisent le pulaar, une langue de gran,de
dispersion géographique. Les Sarakollés qui constituent
un ensemble pus restreint aux confins de la Mauritanie, du
Mali et du Sénégal parlent le souninké.
Le wolof est le langage d’une petite minorité installée
dans le sud-ouest de la Mauritanie. Es langues, dans leur variété dialectale,
appartiennent à des groupes linguistiques beaucoup plus
vastes, et ont une aire d’utilisation étendue en Afrique
de l’ouest. Ce sont des langues à tradition orale, dont
la description et la transcription ont été entreprises
récemment. Ce qui explique que les locuteurs négro-africains
soient majoritairement francophones que les locuteurs maures,
le français faisant office de communication inter-ethnique.
De ce fait, ils ont occupé une place non négligeable
dans l ‘administration mauritanienne dont le français
a été à l’origine la langue de travail.
En
1973, l’arabe est de venu la langue officielle , et par voie
de conséquence, son usage a été imposé à l’ensemble
du pays. Cette réforme, mal acceptée par les
différentes communautés négro-africaines,
a abouti, vingt ans après, à la reconnaissance
constitutionnelle de quatre langues nationales (arabe, pulaar,
sooninké, wolof), l’arabe étant la langue " unitaire " et
le français la langue d’ouverture. Cela signifie qu’à terme
tout mauritanien devra apprendre, en plus de sa langue maternelle,
l’arabe et s’initier à la langue française.
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La
vie quotidienne…. 
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Unis
dans une stricte pratique de la religion musulmane, Maures
et Négro-africains vivaient jusqu’il peu de façon
différente. Alors que la recherche des pâturages
et des points d’eau pour les troupeaux domine la vie des
maures épris de mouvement et d’espace , les noirs
du fleuve sont plutôt agriculteurs et sédentaires.
Il faut leur associer les Peuls alors que sont comptés
au nombre des Maures les serviteurs de tente et les haratins,
noirs affranchis qui vivent selon les coutumes de leurs anciens
maîtres. Car ici, plus que la couleur de la peau, c’est
le genre de vie qui singularise chaque ethnie. Amis l’urbanisation
rapide et la sédentarisation quasi générale
déterminent de nouveaux modes de vie, plus attachés
aux valeurs matérielles qu’aux valeurs traditionnelles.
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La
vie traditionnelle maure
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Après
avoir décimé bien des troupeaux, la longue
sécheresse a dangereusement compromis le mode de vie
nomade qui avait perduré jusqu’à une époque
récente. Toutefois le rythme de cette vie nomade reste
toujours paré de toutes les qualités aux yeux
des maures, même si beaucoup d’entre eux sont devenus
citadins. Cela ne les empêche pas de retourner au " campement " composé de
plusieurs tentes, souvent blanches, parfois brunes, d é que
l’occasion se présente, en fin de semaine ou au moment
de la saison des dattes, la " guetna ", et l’on
voit régulièrement circuler des véhicules
chargés de la lourde tente et de ses poteaux en bois.
C’est l’occasion de se replonger quelques jours dans la vie
traditionnelle avec son silence et sin extrême dépouillement,
de reprendre contact avec les parents et les racines encore
très proches.
La
société amure se veut frugale et détachée
des biens matériels. Elle adore sa poésie en
langue populaire et sa musique traditionnelle, et les meilleurs
spécialistes sont très recherchés dans
les deux genres. Comme elle est restée très
hiérarchisée, les " nobles " peuvent
encore jouir de ces richesses culturelles sans trop de contraintes
d’ordre matériel. La Mauritanie continue d’être " le
pays au million de poètes ".
La
vie du campement n’a guère changé depuis des
siècles : on offre au visiteur du zrig, (boisson à base
de lait de chamelle légèrement sucré,
fermenté ou frais), les trois verres de thé à la
menthe, " le premier âpre comme la vie, le second
fort comme l’amour et le troisième, suave comme la
mort ", et quand on en a les moyens un méchoui
ou du couscous, peut-être même du chameau pour
honorer les hôtes de marque ou pour fêter les
occasions exceptionnelles. Pour ceux qui n’ont aucune expérience
de l’hospitalité mauritanienne, c’est une véritable
stupéfaction de découvrir tant de spontanéité et
de simplicité chaleureuse dans l’accueil de l’étranger à la
tribu. De Nouakchott à Atar ou Tidjikja, de Boutilimit à Kaédi
ou Néma, un voyage à travers la Mauritanie
pourra poser parfois une difficulté ; ce ne sera
jamais celle des rapports humains. Dans ce pays, l’hospitalité est
un devoir sacré.
L’organisation
du campement obéit à des principes intangibles
qui règlent l’espacement entre les tentes (khaïmas),
leur orientation en opposition aux vents brûlants de
l’été (" irifi ") et conviennent
de leur implantation. La disposition des tentes sur le terrain
reflète en effet la structure familiale et sociale
du groupe, la tente du chef étant toujours dressée
au centre du campement.
La " khaïma " est
aussi le foyer, qui abrite le couple et ses enfants. Les
mariages sont traditionnellement monogames. La femme maure
a toujours été assez libre. Elle a une forte
personnalité et sait préserver contractuellement
sa place d’unique épouse. Quitte pour les maris à changer
plus souvent de conjointe. La femme qui a déjà eu
de nombreux enfants et connu plusieurs mariages n’est pas
du tout dépréciée et peut parfois dans
ce cas négocier elle-même ses futures unions.
Cette liberté est sans doute le résultat de
la vie nomade menée jusqu’à nos jours, peut-être
aussi une réminiscence de l’ancien matriarcat berbère.
Comme
dans beaucoup de sociétés rurales, les femmes
ne se voilent pas le visage. Elles couvrent leurs cheveux
et drapent leur corps (des épaules aux chevilles)
dans une melhafa, léger voile de coton, autrefois
bleu indigo, maintenant souvent imprimé et coloré.
La grâce et l’élégance du geste, la fierté du
regard derrière le long voile qui les pare et les
cache à la fois apportent cette séduction magique
qui embellit la vie sous la khaïma et éclaire
les venelles des cités perdues dans les sables.
Les
hommes maures restent, eux aussi, fidèles aux costume
traditionnel, même en milieu urbain : la tunique à manches
courtes portée sous un large boubou blanc ou bleu
clair, la daraa, de belle étoffe importée (basin)
et à l’encolure somptueusement brodée si l’on
est riche, un saroual foncé, pantalon bouffant, s’arrêtant
aux genoux, sur la tête et le devant du visage un " hawli ",
longue cotonnade enroulée en turban, protégeant à la
fois du sable, du soleil et du vent.
En
même temps qu’il a développé l’hospitalité,
remarquable dans ce pays, le désert a enseigné à ces
hommes la longue patience. " Ils ont dans leur malice
un flegme qui met les blancs à la torture ; leur
patience et leur sang-froid déconcertent la vivacité des
Européens qui, impatients, veulent conclure alors
que les maures éludent la conclusion… " à laquelle
d’ailleurs ils parviennent tout aussi bien que les premiers.
Certains d’entre eux ne manquent pas de rappeler en souriant
ce passage d’une vieille dictée de la période
coloniale : " Pendant que les européens
trottinaient, les mauritaniens cheminaient… " qui définit
si bien de leurs règles de vie, la maîtrise
de soi.
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La
vie traditionnelle négro-africaine 
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La
population négro-africaine : Toucouleurs, Sarakollés
et Wolof, est installée dans le sud du pays, près
du fleuve Sénégal, où se trouve la principale
zone agricole de la Mauritanie. Cette population sédentaire
s’est regroupée dans de gros villages construits en
terre autour d’une place centrale contiguë à la
mosquée. Les maisons, dans les enclos, forment des
concessions qui abritent la famille élargie : à la
fois plusieurs générations et, selon le cas,
les différents foyers correspondants aux co-épouses
des ménages polygames. L’habitat est très éloigné et
les femmes veillent jalousement à la propreté de
leur cour et de leu intérieur. Dans certaines régions
d’habitat sarakollé, les murs sont ornés de
peintures décoratives polychromes réalisées
par les femmes et renouvelées régulièrement
après les pluies d’hivernage. Toutefois, dans les
villes, les maisons en ciment et les toits de tôle
remplacent de plus en plus le banco et la paille.
Cette
société est restée à la fois
très traditionnelle dans sa hiérarchisation
sociale et dans la spécialisation parfois très
stricte de ses différentes composantes.
La
cuisine négro-africaine de ces régions n’est
qu’un simple geste de survie. A base de riz ou de couscous
de mil, elle est recherchée dans sa préparation
et accompagnée de sauces de légumes, de viande
ou de poisson. Les plats sont relevés et variés.
Hommes
et femmes apportent un grand soin à leur toilette
et à leur habillement et se vêtent de grands
boubous de basin teints ou tissés localement avec
une large variété de motifs. Ils sont rehaussés
de riches broderies pour les hommes. Ces derniers portent
généralement, à la place du turban maure,
une petite calotte à fond plat ou un bonnet de laine à motifs
colorés mais de plus en plus souvent ils vont tête
nue. Les femmes se coiffent de beaux foulards ; en revanche,
leurs épaules sont assez largement dénudées.
Enfin, leurs bijoux d’argent traditionnels ont été depuis
longtemps remplacés par eux en or jugés plus
modernes.
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La
nouvelle société urbaine
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L’urbanisation
massive a favorisé l’émergence de nouvelles
strates hiérarchisées, en dehors de tout contexte
ethnique.
Au
sommet de la hiérarchie, une bourgeoisie bureaucratique
dirigeante et une bourgeoisie d’entrepreneurs et hommes d’affaire ;
un certain nombre de familles, originaires pour la plupart
de fractions maraboutiques traditionnellement commerçantes,
ont accumulé une certaine fortune en maîtrisant
et développant les réseaux de commerce et de
transport.
Une
classe moyenne existe sous la forme d’une petite bourgeoisie
fonctionnaire qui joue un rôle important dans l’administration ;
on peut y ajouter des travailleurs indépendants, artisans
et commerçants.
Le
groupe des ouvriers et des employés est relativement
peu important. Il s’agit du petit personnel de la fonction
publique (plantons, gardiens..) pour la plupart contractuels
et rémunérés comme tels. Les ouvriers
du secteur privé sont aux deux tiers des manœuvres
ou des aides, employés en grande partie dans les entreprise
de bâtiment ou de services ; l’emploi y est relativement
fluctuant.
Il
y a surtout ceux qui vivent de petites activités en
marge du secteur formel, se situant entre l’artisanat et
le bricolage spécialisé, le petit commerce
et le troc, les services rendus de toutes sortes et plus
ou moins bien rétribués ou s’accommodant parfois
d’expédients pas toujours recommandables (tieb-tieb).
A
la frange, il existe enfin l’ensemble des exclus du système économique,
aux origines fort diverses mais dont l’importance inquiète,
volant que secrète en permanence le monde rural au
rythme des sécheresses.
Mais
cette population des villes n’a pas encore rompu ses attaches
tribales ; elle garde des liens profonds avec son milieu
originel et ses coutumes ancestrales. Si Nouakchott semble
loin des falaise de l’Adrar, des immenses ergs des régions
sahariennes et des savanes du sud, il n’empêche que
la population de ses rues ne ressemble à aucune autre.
Elle a su conserver pour l’instant la profonde originalité que
lui confèrent sa diversité et son authenticité.
Il
ne semble pas, à première vue, que la République
Islamique de Mauritanie soit exactement le pays de la douceur
de vivre comme pourrait l’imaginer le premier touriste venu.
Trop de choses feraient défaut et de toute évidence
il trouverait qu’il y fait trop chaud. Mais que l’on s’entretienne
avec ceux qui ont eu l’occasion ou le loisir de découvrir
cet étonnant pays, ils vous confieront qu’il s’agit
bien de l’une de ces très rares contrées " à garder
en réserve pour les dimanches de l’imagination ".
Avec ses dunes éblouissantes, ses hommes bleus, ses
troupeaux et ses palmeraies, c’est le désert comme
nous avons appris à le connaître dans les plus
beaux livres qui aient jamais été écrits.
Approchez
ce pays, aimez-le, et il vous donnera tout…même de
prodigieux souvenirs…
Extraits
de :M.Tournadre, R. Dufau, Mauritanie, éditions
SEPIA , 1996.
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