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La Mauritanie culturelle 
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La société maure
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Le dromadaire
Le lexique
La condition des femmes
L'histoire Mauritanienne
Belles phrases du désert

La société maure

Elle est traditionnellement compartimentée. Les structures sociales se caractérisent par une hiérarchie fondée suer les ordres sociaux, eux-mêmes justifiées par une stricte répartition des tâches et dominés par le rôle déterminant des liens familiaux. Les nobles guerriers et les nobles maraboutiques constituent les groupes dominants. Les premiers se réclamant d’une ascendance arabe (Hassan) et assurent la protection des ordres sociaux. Les seconds d’ascendance berbère (Zenaga) diffusant l’islam. Dans leur orbite gravitent des groupes libres mais tributaires qui ont généralement la charge des troupeaux et des champs, noirs affranchis (haratin) et serviteurs noirs (abid). A ces strates sociales s’ajoutent des groupes endogames caractérisés par leurs activités professionnelles : les artisans et forgerons chargés de fabriquer les objets usuels et les bijoux , les griots, mi-poètes mi-musiciens, qui chantent les thèmes de l’amour, de la guerre et racontent des hauts faits de l’histoire ancienne, les pêcheurs Imraguen, les chasseurs Némadi…

Cette structure traditionnelle a tendance à évoluer dans le contexte actuel ; cependant, elle garde encore une importance certaine.

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La société négro-africaine
Plusieurs ethnies, culturellement rattachées ou groupe soudanais, sont présente en Mauritanie, dans les régions proches du fleuve Sénégal et dans le sud-ouest du pays : les Toucouleurs, les Sarakollés, les Peuls, les Wolofs, auxquels on peut ajouter les Bambaras dans le Hodh El Chargui. Majoritairement sédentaires, elles ont été liées dans le passé aux grands empires noirs sahéliens. Elles ont préserver leurs traditions et leurs langues. Ces sociétés sont toutes organisées selon une hiérarchie à laquelle correspond l’organisation de la répartition foncière.

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La religion

" l’islam en Mauritanie est une véritable civilisation nationale ". de tous les pays d’Afrique de l’ouest, la Mauritanie est la plus anciennement et la plus totalement islamisée. Son appartenance à l’islam est marquée dans sa constitution, par sa dénomination (République Islamique de Mauritanie) et dans la vie courante : le repos hebdomadaire est le vendredi, jour de la prière. Comme on a pu le noter, elle doit cette profonde imprégnation à son histoire, puisqu’elle a servi de voie de pénétration de l’Islam vers les pays noirs. Par la suite, les riverais du fleuve ne furent pas moins ardents zélateurs que les nomades.

La grande majorité des croyants applique strictement les obligations visibles de la foi dont la prière est un élément essentiel. Le rite impose cinq prières quotidiennes, le jeûne du mois de Ramadan, la célébration des grandes fêtes religieuses : l’Aïd El Kébir ou Tabaski (sacrifice d’Abraham), l’Aïd El Seghir ou Korité (fin du jeûne), le Maouloud (anniversaire de la naissance du Prophète) et, si on peut, au moins un pèlerinage à La Mecque..

La vie religieuse est demeurée intense à l’intérieur des confréries, ces ordres religieux qui ont leurs règles particulières et dont la vitalité confirme le profond enracinement religieux de la société mauritanienne. La Quadriya, la plus ancienne, se divise en deux rameaux, la Tidjaniya, plus spécifiquement africaine, se ramifie, elle, en plusieurs branches.

L’enseignement traditionnel, de type informel, reste intimement lié à l’histoire de la Mauritanie depuis plus d’un millénaire et constitue une originalité frappante de ce pays. Particulièrement souple et adapté à la vie mauritanienne, cet enseignement financé par les ménages, est dispensé dans des " mahadrs " ou écoles coraniques dans lesquelles on peut s’inscrire à tout âge. Les programmes en usage, variables selon l’âge des auditeurs, vont de la simple alphabétisation à l’érudition la plus poussée. Ils conservent toujours le même contenu, essentiellement religieux et linguistique, avec pour objectifs la connaissance et la propagation des valeurs islamiques et de la langue arabe.

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Les langues

En Mauritanie, la distribution des langues recouvre la composition ethniquement hétérogène de sa population et les enjeux linguistiques sont d’autant plus importants que le pays est placé à la croisées des chemin entre le monde maghrébin arabophone et le monde africain francophone. En outre, cette diversité des langues maternelles ne va pas sans poser quelques problèmes souvent conflictuels de communication.

La population maure (" bidan ") est arabophone dans son immense majorité : la prééminence guerrière et politique des Hassan sur les berbères autochtones s’est accompagnée de la diffusion de leur langue. L’ancien langage berbère a disparu, laissant quelques traces dans le vocabulaire, et tout particulièrement dans la toponymie. La variété dialectale mauritanienne, le " hassaniyye " (" Klam el bidan ", la langue des blancs), présente un assez grand nombre de différences avec l’arabe littéraire. Traditionnellement, le hassaniyye et l’arabe littéraire du Coran tenaient dans la société des rôles nettement séparés : la connaissance de l’arabe du Coran et de la science religieuse était limitée aux marabouts ; le hassaniyye d’étendait aux autres couches de la population.

Les ethnies négro-africaines parlent les langues de leurs groupes respectifs : les Toucouleurs et les Peuls (" hal pulaaren ") utilisent le pulaar, une langue de gran,de dispersion géographique. Les Sarakollés qui constituent un ensemble pus restreint aux confins de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal parlent le souninké. Le wolof est le langage d’une petite minorité installée dans le sud-ouest de la Mauritanie. Es langues, dans leur variété dialectale, appartiennent à des groupes linguistiques beaucoup plus vastes, et ont une aire d’utilisation étendue en Afrique de l’ouest. Ce sont des langues à tradition orale, dont la description et la transcription ont été entreprises récemment. Ce qui explique que les locuteurs négro-africains soient majoritairement francophones que les locuteurs maures, le français faisant office de communication inter-ethnique. De ce fait, ils ont occupé une place non négligeable dans l ‘administration mauritanienne dont le français a été à l’origine la langue de travail.

En 1973, l’arabe est de venu la langue officielle , et par voie de conséquence, son usage a été imposé à l’ensemble du pays. Cette réforme, mal acceptée par les différentes communautés négro-africaines, a abouti, vingt ans après, à la reconnaissance constitutionnelle de quatre langues nationales (arabe, pulaar, sooninké, wolof), l’arabe étant la langue " unitaire " et le français la langue d’ouverture. Cela signifie qu’à terme tout mauritanien devra apprendre, en plus de sa langue maternelle, l’arabe et s’initier à la langue française.

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La vie quotidienne….

Unis dans une stricte pratique de la religion musulmane, Maures et Négro-africains vivaient jusqu’il peu de façon différente. Alors que la recherche des pâturages et des points d’eau pour les troupeaux domine la vie des maures épris de mouvement et d’espace , les noirs du fleuve sont plutôt agriculteurs et sédentaires. Il faut leur associer les Peuls alors que sont comptés au nombre des Maures les serviteurs de tente et les haratins, noirs affranchis qui vivent selon les coutumes de leurs anciens maîtres. Car ici, plus que la couleur de la peau, c’est le genre de vie qui singularise chaque ethnie. Amis l’urbanisation rapide et la sédentarisation quasi générale déterminent de nouveaux modes de vie, plus attachés aux valeurs matérielles qu’aux valeurs traditionnelles.

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La vie traditionnelle maure

Après avoir décimé bien des troupeaux, la longue sécheresse a dangereusement compromis le mode de vie nomade qui avait perduré jusqu’à une époque récente. Toutefois le rythme de cette vie nomade reste toujours paré de toutes les qualités aux yeux des maures, même si beaucoup d’entre eux sont devenus citadins. Cela ne les empêche pas de retourner au " campement " composé de plusieurs tentes, souvent blanches, parfois brunes, d é que l’occasion se présente, en fin de semaine ou au moment de la saison des dattes, la " guetna ", et l’on voit régulièrement circuler des véhicules chargés de la lourde tente et de ses poteaux en bois. C’est l’occasion de se replonger quelques jours dans la vie traditionnelle avec son silence et sin extrême dépouillement, de reprendre contact avec les parents et les racines encore très proches.

La société amure se veut frugale et détachée des biens matériels. Elle adore sa poésie en langue populaire et sa musique traditionnelle, et les meilleurs spécialistes sont très recherchés dans les deux genres. Comme elle est restée très hiérarchisée, les " nobles " peuvent encore jouir de ces richesses culturelles sans trop de contraintes d’ordre matériel. La Mauritanie continue d’être " le pays au million de poètes ".

La vie du campement n’a guère changé depuis des siècles : on offre au visiteur du zrig, (boisson à base de lait de chamelle légèrement sucré, fermenté ou frais), les trois verres de thé à la menthe, " le premier âpre comme la vie, le second fort comme l’amour et le troisième, suave comme la mort ", et quand on en a les moyens un méchoui ou du couscous, peut-être même du chameau pour honorer les hôtes de marque ou pour fêter les occasions exceptionnelles. Pour ceux qui n’ont aucune expérience de l’hospitalité mauritanienne, c’est une véritable stupéfaction de découvrir tant de spontanéité et de simplicité chaleureuse dans l’accueil de l’étranger à la tribu. De Nouakchott à Atar ou Tidjikja, de Boutilimit à Kaédi ou Néma, un voyage à travers la Mauritanie pourra poser parfois une difficulté ; ce ne sera jamais celle des rapports humains. Dans ce pays, l’hospitalité est un devoir sacré.

L’organisation du campement obéit à des principes intangibles qui règlent l’espacement entre les tentes (khaïmas), leur orientation en opposition aux vents brûlants de l’été (" irifi ") et conviennent de leur implantation. La disposition des tentes sur le terrain reflète en effet la structure familiale et sociale du groupe, la tente du chef étant toujours dressée au centre du campement.

La " khaïma " est aussi le foyer, qui abrite le couple et ses enfants. Les mariages sont traditionnellement monogames. La femme maure a toujours été assez libre. Elle a une forte personnalité et sait préserver contractuellement sa place d’unique épouse. Quitte pour les maris à changer plus souvent de conjointe. La femme qui a déjà eu de nombreux enfants et connu plusieurs mariages n’est pas du tout dépréciée et peut parfois dans ce cas négocier elle-même ses futures unions. Cette liberté est sans doute le résultat de la vie nomade menée jusqu’à nos jours, peut-être aussi une réminiscence de l’ancien matriarcat berbère.

Comme dans beaucoup de sociétés rurales, les femmes ne se voilent pas le visage. Elles couvrent leurs cheveux et drapent leur corps (des épaules aux chevilles) dans une melhafa, léger voile de coton, autrefois bleu indigo, maintenant souvent imprimé et coloré. La grâce et l’élégance du geste, la fierté du regard derrière le long voile qui les pare et les cache à la fois apportent cette séduction magique qui embellit la vie sous la khaïma et éclaire les venelles des cités perdues dans les sables.

Les hommes maures restent, eux aussi, fidèles aux costume traditionnel, même en milieu urbain : la tunique à manches courtes portée sous un large boubou blanc ou bleu clair, la daraa, de belle étoffe importée (basin) et à l’encolure somptueusement brodée si l’on est riche, un saroual foncé, pantalon bouffant, s’arrêtant aux genoux, sur la tête et le devant du visage un " hawli ", longue cotonnade enroulée en turban, protégeant à la fois du sable, du soleil et du vent.

En même temps qu’il a développé l’hospitalité, remarquable dans ce pays, le désert a enseigné à ces hommes la longue patience. " Ils ont dans leur malice un flegme qui met les blancs à la torture ; leur patience et leur sang-froid déconcertent la vivacité des Européens qui, impatients, veulent conclure alors que les maures éludent la conclusion… " à laquelle d’ailleurs ils parviennent tout aussi bien que les premiers. Certains d’entre eux ne manquent pas de rappeler en souriant ce passage d’une vieille dictée de la période coloniale : " Pendant que les européens trottinaient, les mauritaniens cheminaient… " qui définit si bien de leurs règles de vie, la maîtrise de soi.

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La vie traditionnelle négro-africaine

La population négro-africaine : Toucouleurs, Sarakollés et Wolof, est installée dans le sud du pays, près du fleuve Sénégal, où se trouve la principale zone agricole de la Mauritanie. Cette population sédentaire s’est regroupée dans de gros villages construits en terre autour d’une place centrale contiguë à la mosquée. Les maisons, dans les enclos, forment des concessions qui abritent la famille élargie : à la fois plusieurs générations et, selon le cas, les différents foyers correspondants aux co-épouses des ménages polygames. L’habitat est très éloigné et les femmes veillent jalousement à la propreté de leur cour et de leu intérieur. Dans certaines régions d’habitat sarakollé, les murs sont ornés de peintures décoratives polychromes réalisées par les femmes et renouvelées régulièrement après les pluies d’hivernage. Toutefois, dans les villes, les maisons en ciment et les toits de tôle remplacent de plus en plus le banco et la paille.

Cette société est restée à la fois très traditionnelle dans sa hiérarchisation sociale et dans la spécialisation parfois très stricte de ses différentes composantes.

La cuisine négro-africaine de ces régions n’est qu’un simple geste de survie. A base de riz ou de couscous de mil, elle est recherchée dans sa préparation et accompagnée de sauces de légumes, de viande ou de poisson. Les plats sont relevés et variés.

Hommes et femmes apportent un grand soin à leur toilette et à leur habillement et se vêtent de grands boubous de basin teints ou tissés localement avec une large variété de motifs. Ils sont rehaussés de riches broderies pour les hommes. Ces derniers portent généralement, à la place du turban maure, une petite calotte à fond plat ou un bonnet de laine à motifs colorés mais de plus en plus souvent ils vont tête nue. Les femmes se coiffent de beaux foulards ; en revanche, leurs épaules sont assez largement dénudées. Enfin, leurs bijoux d’argent traditionnels ont été depuis longtemps remplacés par eux en or jugés plus modernes.

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La nouvelle société urbaine

L’urbanisation massive a favorisé l’émergence de nouvelles strates hiérarchisées, en dehors de tout contexte ethnique.

Au sommet de la hiérarchie, une bourgeoisie bureaucratique dirigeante et une bourgeoisie d’entrepreneurs et hommes d’affaire ; un certain nombre de familles, originaires pour la plupart de fractions maraboutiques traditionnellement commerçantes, ont accumulé une certaine fortune en maîtrisant et développant les réseaux de commerce et de transport.

Une classe moyenne existe sous la forme d’une petite bourgeoisie fonctionnaire qui joue un rôle important dans l’administration ; on peut y ajouter des travailleurs indépendants, artisans et commerçants.

Le groupe des ouvriers et des employés est relativement peu important. Il s’agit du petit personnel de la fonction publique (plantons, gardiens..) pour la plupart contractuels et rémunérés comme tels. Les ouvriers du secteur privé sont aux deux tiers des manœuvres ou des aides, employés en grande partie dans les entreprise de bâtiment ou de services ; l’emploi y est relativement fluctuant.

Il y a surtout ceux qui vivent de petites activités en marge du secteur formel, se situant entre l’artisanat et le bricolage spécialisé, le petit commerce et le troc, les services rendus de toutes sortes et plus ou moins bien rétribués ou s’accommodant parfois d’expédients pas toujours recommandables (tieb-tieb).

A la frange, il existe enfin l’ensemble des exclus du système économique, aux origines fort diverses mais dont l’importance inquiète, volant que secrète en permanence le monde rural au rythme des sécheresses.

Mais cette population des villes n’a pas encore rompu ses attaches tribales ; elle garde des liens profonds avec son milieu originel et ses coutumes ancestrales. Si Nouakchott semble loin des falaise de l’Adrar, des immenses ergs des régions sahariennes et des savanes du sud, il n’empêche que la population de ses rues ne ressemble à aucune autre. Elle a su conserver pour l’instant la profonde originalité que lui confèrent sa diversité et son authenticité.

Il ne semble pas, à première vue, que la République Islamique de Mauritanie soit exactement le pays de la douceur de vivre comme pourrait l’imaginer le premier touriste venu. Trop de choses feraient défaut et de toute évidence il trouverait qu’il y fait trop chaud. Mais que l’on s’entretienne avec ceux qui ont eu l’occasion ou le loisir de découvrir cet étonnant pays, ils vous confieront qu’il s’agit bien de l’une de ces très rares contrées " à garder en réserve pour les dimanches de l’imagination ". Avec ses dunes éblouissantes, ses hommes bleus, ses troupeaux et ses palmeraies, c’est le désert comme nous avons appris à le connaître dans les plus beaux livres qui aient jamais été écrits.

Approchez ce pays, aimez-le, et il vous donnera tout…même de prodigieux souvenirs…

Extraits de :M.Tournadre, R. Dufau, Mauritanie, éditions SEPIA , 1996.

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