| Les belles phrases du désert
Heureux ceux,
Heureux ceux qui
s'aiment assez,
Qui veulent assez
se plaire,
Qui se connaissent
assez,
Qui s'entendent assez, qui sont assez parents,
Qui
pensent et sentent de même,
Assez ensemble
en dedans chacun séparément,
Assez les mêmes
côte à côte
Qui éprouvent,
qui goûtent
Le plaisir de se
taire ensemble ,
De se taire côte
à côte,
De marcher longtemps,
longtemps,
D’aller,
De marcher silencieusement
Le long des silencieuses
routes.
Heureux deux amis
qui s’aiment assez
Pour savoir se
taire ensemble
Dans un pays qui
sait se taire.
Charles Peguy
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Le désert met l’âme nue devant
Dieu et manifeste la fragilité de ce qui est humain
et la grandeur de Celui qui a fait le ciel et la terre. Il
n’est plus question de parures et de têtes. L’homme
s’y montre tel qu’il est, et les conventions tombent d’elles-mêmes.
Les conformismes y sont impensables. Nul ne peut y jouer
un personnage comme dans les grandes villes. Le vrai visage
de l’homme apparaît durci par la lumière brutale,
tanné par le vent. Il n’y a plus qu’à marcher
d’étape en étape, sans regarder en arrière…
et en direction de la Terre promise. C’est par amour pour
l’homme que Dieu le conduit dans le désert – lieu
de l’épreuve – afin de le " décaper " de
ses encombrements et de ses mesquineries.
L. de St Joseph
l’Impatience de Dieu |
Le désert est le pays de l’absolu
et de l’absolu détachement. Il est aussi le pays de
l’absolue vérité. Les éléments
y conspirent qui repoussent l’homme de leur sein et le retranchent
en lui même : le vent… le soleil… le froid…
Hostile ou despotique, la nature l’orient
donc vers la vie intérieure.
Tout au moins détourne t elle de
son univers brûlé, de son néant, les
regards du nomade pour les tourner vers le dedans vers son âme
et vers Dieu ;
Ce qui est la suprême libération.
P. tripier |
Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore
un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence.
St Exupéry
Terre des Hommes |
Et te voilà en marche
Vers ta contrée lointaine
Qu’au-delà des sables bénissent
les eaux,
Gravissant l’étendue d’un puits à l’autre
puits,
Comme les marches d’un escalier,
Pris, puisqu’il est une danse à danser
Et un ennemi à vaincre,
Dans le cérémonial du
désert.
Et en même temps que des muscles,
Je te bâtis une âme.
St Exupéry
Citadelle |
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Et mon désert, si seulement je t’en
montre les règles du jeu, se fait pour toi d’un tel
pouvoir et d’une telle prise que je puis te choisir, banal, égoïste,
morne et sceptique dans les faubourgs de ma ville ou le croupissement
de mon oasis, et t’imposer une seule traversée de
désert, pour faire éclater en toi l’homme,
comme une graine hors de sa cosse, et t’épanouir d’esprit
et de cœur. Et tu me reviendras ayant mué, et magnifique,
et bâti pour vivre de la vie des forts. Et si je me
suis borné à te faire participer de son langage
– car l’essentiel n’est point des choses mais du sens des
choses -, le désert t’aura fait germer et croître
comme un soleil.
St Exupéry – Citadelle |
De ce lien entre le désert
et la Parole divine, la langue hébraïque
nous donne une preuve supplémentaire :
Médaber signifie " je
parle " et midbar " désert ".
Bernard Blanc |
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L’expérience du désert
a été pour moi dominante.
Entre ciel et terre, entre le Tout
et le Rien, la question est brûlante.
Elle brûle et ne se consume
pas.
Elle brûle pour elle même,
dans le vide.
Le désert, c’est aussi l’écoute,
L’extrême écoute.
Edmond Jabès |
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La vérité du désert,
c’est le silence
Sylvie Acatos, Sahara |
…A vivre dans le désert, on apprend à recevoir
du même coeur le dénuement et la profusion.
L’éternité du
monde est fugitive, la fleur d’un seul jour justifie à certains
instants toute l’histoire des hommes.
Albert Camus |
Au pays d’Abel le Juste…
L’immense espace monotone impose le
grand désencombrement de l’esprit, et comme
la réduction décisive à l’unité.
Cet aspect mystique est parfois physiquement sensible.
A certaines places, chaque soir, le soleil s’abîme
dans une splendeur telle qu’elle absorbe tout l’univers
et toutes les apparences dans la gloire et l’unité du
seul Etre nécessaire.
Emile Dermenghem, le pays d’Abel |
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Dans le désert on vit au rythme
du cosmos. On ne triche pas, on obéit. Le puits
est ici et non pas là, et le suivant à 650km
plus loin, pas un de moins. C’est à prendre ou à laisser,
mon jeune ami. Si cela ne vous plait, n’y allez pas,
restez chez vous à regarder la télé.
Mais si vous entrez au désert,
jouez le jeu. C’est la patience, l’humilité, la
soumission au réel. Bénéfiques exercices
pour un orgueilleux primate trop tenté de se prendre
pour le roi de la création.
Théodore Monod |
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Un certain désert est aussi nécessaire
que l’eau est vitale au poisson. Car pour ceux dont la vie
est d’aller à la rencontre du Tout Autre, le désert
est le lieu de " l’accomplissement des promesses
divines ". le désert exprime une exigence
de solitude et de silence où passe le témoignage
rendu à l’absolu de l’unique nécessaire. Il
y a là une gratuité qui rejoint celle du vase
au col brisé dont le parfum se répand sur les
pieds de Jésus. le désert est gratuit, il n’est
pas absurde. Seul l’amour peut le comprendre. Lui seul peut
l’admirer pleinement parce que lui seul opère l’échange
merveilleux en quoi le dénuement du désert,
loin d’être néantisant, devient ouverture, l’anéantissement
accueil, la pauvreté transparence aux symboles primordiaux :
l’eau, le feu, la terre, le ciel, la lumière et cette
gentiane perdue dans un creux de montagne.
Alors, à l’ombre du silence et dans
l’ " accoisement " du cœur, surgit,
dense et drue et lumineuse, la Parole qui dit l’émerveillement
de l’homme prolongeant celui de Dieu devant sa création.
Jacques Rousse,
la Mission poétique
des contemplatifs |
Le désert !
Un endroit sans chemin et sans eau…
C’est là tout sec où Tu
m’as planté
Pour me mettre plein la figure
De ta puissance et de ta gloire !
Ps 62, d’après Paul Claudel |
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Le silence est un des charmes les plus subtils
de ce pays solitaire et vide. Il communique à l’âme
un équilibre que tu ne connais pas, toi qui as toujours
vécu dans le tumulte ; loin de l’accabler, il
la dispose aux pensées légères. On croit
qu’il représente l’absence de bruit, comme l’obscurité résulte
des absences de la lumière : c’est une erreur.
Si je puis comparer les sensations de l’oreille à celles
de la vue, le silence répandu sur les grands espaces
est plutôt une sorte de transparence aérienne,
qui rend les perceptions plus claires, nous ouvre le monde
ignoré des infiniment petits bruits, et nous révèle
une étendue d’inexprimables jouissances. Je me pénètre
ainsi par tous mes sens satisfaits du bonheur de vivre en
nomade.
Eugène Fromentin
Un été dans
le Sahara |
Il faut passer par le désert et
y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu.
C’est là que l’on se vide, que l’on chasse devant
soi tout ce qui n’est pas Dieu et que l’on vide complètement
cette petite maison de notre âme pour laisser toute
la place à Dieu.
C’est un temps de grâce.
C’est une période par laquelle toute âme
qui veut porter des fruits doit nécessairement passer.
Il lui faut ce silence, cet oubli de tout le créé au
milieu desquels Dieu établit en elle l’esprit intérieur,
la vie intime avec Dieu.
Charles de Foucault |
C’est dans la solitude que Dieu se
donne tout entier
Charles de Foucault |
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On ne va jamais au désert
Sans traverser beaucoup de choses,
Sans être fatigué par une
longue route,
Sans arracher ses yeux
A ce qui est l’horizon de tous les temps.
Les déserts se gagnent,
Ils ne se donnent pas.
Les déserts de notre vie,
Nous ne les arracherons
Au secret de nos heures humaines
Qu’en violentant nos habitudes, nos
paresses.
C’est difficile , mais essentiel à notre
amour.
Madeleine Delbrêl,
La Joie de
croire |
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Tu dois aller au désert avec une âme
simple, sans te préoccuper d’une œuvre à faire :
en réalité, tu n’as rien à faire au
désert qu’à simplifier ta vie, à la
dépouiller de toutes les préoccupations et
activités. Le désert n’est pas difficile, il
est exigeant ; il n’est pas compliqué et c’est
pourquoi il exige la simplicité. Jette sur toutes
choses un regard neuf, un regard de foi : sur la nature,
sur tes travaux quotidiens, sur les événements,
en un mot sur toute la trame de ta vie humaine… Cela revient à vivre
le moment présent…
C’est le secret du désert…
N’attends rien d’autre que la plénitude
du présent.
René Voillaume |
Il y a dans le monde de nombreux paysages plus
beaux, mais aucun, je crois, ne peut façonner l’esprit humain
de façon si souveraine.
Dans sa rigueur et son austérité,
le désert élimine de notre aspiration à comprendre
la vie tous les subterfuges et toutes les multiples illusions par
lesquels une nature généreuse peut prendre au piège
l’esprit humain et l’amener à projeter sa propre imagerie
autour de lui.
Le désert qui est nu et propre ignore tout
compromis.
Il balaye au cœur de l’homme toutes les aimables
fantaisies qui pourraient servir d’atours aux désirs pris
pour des réalités, et ainsi lui confère la
liberté de s’abandonner à un Absolu sans image :
le plus éloigné de ce qui est loin, mais aussi le
plus proche de ce qui est près.
Depuis que l’homme a commencé à réfléchir,
le désert a été le berceau de toutes ses croyances
en un Dieu unique
Muhammad Asad – 1976
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